Qui est soumis à l'impôt sur la fortune (Vermögenssteuer) ?
Cet impôt concerne toutes les personnes physiques considérées comme résidents fiscaux en Suisse. Cela englobe les citoyens suisses, les titulaires d'un permis d'établissement C, ainsi que les ressortissants étrangers titulaires d'un permis B soumis à la taxation ordinaire.
Il n'existe pas d'impôt sur la fortune au niveau fédéral. Ce sont les cantons et les communes qui fixent leurs propres barèmes, abattements et règles. Par conséquent, un contribuable détenant un patrimoine identique fera face à un impôt très différent selon qu'il réside à Zurich, Zoug, Genève, Vaud ou Bâle.
Les expatriés soumis à l'impôt à la source sans taxation ordinaire ultérieure ne paient généralement pas d'impôt sur la fortune séparé, car la retenue salariale mensuelle intègre déjà une composante forfaitaire représentative. Toutefois, si votre revenu brut dépasse le seuil de CHF 120'000 et qu'une taxation ordinaire ultérieure s'impose, votre fortune mondiale sera analysée et taxée.
Quels actifs constituent la fortune imposable ?
L'impôt sur la fortune est calculé sur l'ensemble de vos actifs nets mondiaux au 31 décembre de l'année fiscale. La fortune imposable comprend les soldes des comptes bancaires, les portefeuilles de titres et de courtage, les obligations, les parts de fonds, les crypto-actifs, les prêts accordés, la valeur de rachat des assurances-vie, les biens immobiliers en Suisse et à l'étranger, les actifs commerciaux et les biens personnels de valeur (véhicules, collections d'art).
Point essentiel : les avoirs placés dans le 2e pilier (caisse de pension) et le pilier 3a ne sont pas comptabilisés dans la fortune imposable tant qu'ils restent bloqués dans le système de prévoyance. C'est une différence majeure avec les comptes de courtage ordinaires. Cet avantage renforce l'intérêt fiscal du pilier 3a bien au-delà de la seule déduction sur le revenu.
Les biens immobiliers situés à l'étranger sont pris en compte pour déterminer le taux d'imposition applicable (répartition fiscale), mais ils sont exonérés d'impôt direct en Suisse. Ils servent uniquement à fixer la tranche d'imposition sur le reste de votre patrimoine imposable en Suisse. La convention de double imposition attribue généralement le droit d'imposer l'immeuble au pays où il est situé.
Déductions et abattements
Les dettes sont déductibles de la fortune brute. Cela comprend les prêts hypothécaires, les prêts personnels, les soldes débiteurs de cartes de crédit et les dettes commerciales. L'administration applique le principe de la fortune nette : actifs moins dettes.
La plupart des cantons accordent un abattement (franchise d'impôt) pour les célibataires et les couples mariés. Par exemple, un montant de CHF 80'000 à CHF 100'000 peut être exonéré pour un célibataire, et de CHF 160'000 à CHF 200'000 pour un couple marié. Ces seuils varient selon les cantons et sont ajustés périodiquement.
De plus, des déductions sociales pour enfants à charge ou pour personnes à capacité de gain réduite peuvent s'appliquer, diminuant encore la base imposable.
Pour comparer les barèmes cantonaux, l'outil ICTax de l'Administration fédérale des contributions propose des tables détaillées de la charge fiscale. Toutefois, ce sont les directives de l'office d'impôt de votre canton qui font foi. Le guide des documents pour la déclaration d'impôt suisse vous aidera à réunir les justificatifs requis.
Différences cantonales et gestion pratique
Les taux de l'impôt sur la fortune varient considérablement d'un canton à l'autre. Certains cantons comme Zoug ou Schwyz appliquent des taux marginaux très bas, souvent inférieurs à 0,1 % de la fortune nette. D'autres, comme Genève ou Vaud, peuvent atteindre ou dépasser 1 %. Le multiplicateur communal ajoute une variation supplémentaire au sein du même canton.
Pour un expatrié détenant par exemple CHF 500'000 de fortune nette imposable, l'impôt annuel peut aller de moins de CHF 200 dans certaines communes à fiscalité douce à plus de CHF 2'500 dans d'autres cantons. Sans en faire un critère unique de déménagement, c'est un paramètre à intégrer lors de l'évaluation du coût de la vie.
Démarches pratiques avant la fin de l'année : listez vos actifs mondiaux avec leur valeur en CHF au 31 décembre, déduisez vos dettes, vérifiez les abattements cantonaux applicables et estimez votre fortune nette imposable. Regroupez vos relevés bancaires, contrats hypothécaires et relevés de courtage dans le même dossier que vos justificatifs de revenus.
Si votre patrimoine progresse ou approche d'un seuil d'imposition significatif, consultez un conseiller fiscal suisse pour valider si des arbitrages d'actifs, la structure de vos dettes, le calendrier de vos cotisations de prévoyance ou le choix de votre commune peuvent légalement optimiser votre charge fiscale. C'est une démarche courante de gestion de patrimoine.